Affichage des articles dont le libellé est littérature anglophone. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature anglophone. Afficher tous les articles

samedi 11 janvier 2014

Elle a disparu, Gwendolen Gross, Liana Levi



"M. Leonard fut la dernière personne à voir Linsey Hart, dix-sept ans, avant qu'elle ne disparaisse dans la moiteur bleutée d'un matin de fin d'été."

Prenez un quartier résidentiel de la middle class américaine, voisins aimables, sourires aussi blancs et figés que les façades des maisons, herbes tondue à 4cm tous les dimanche par un homme avec un joli polo. Linsey Hart vit dans ce quartier avec ses frères, Toby et Cody, des jumeaux que sa mère a eu avec son beau-père. Un remariage qui est un premier grain de sable dans cette machine bien huilée. Dans quelques jours elle doit partir pour l'Université. Un excitation mêlée de nostalgie se lit dans les yeux de sa mère, Abigail. Des projets, l'avenir, un nouveau départ. 
Sauf que, ce matin-là Linsey ne se rend pas à la crèche où elle effectue son job d'été. Sauf que, la dernière personne à l'avoir vue est un voisin étrange, mutique, qui joue du piano à 5h du matin. Sauf que, cette disparition ramène Abigail des années en arrière lors de la perte d'un autre enfant.
Et voilà les façades proprettes qui se fissurent. On découvre ce qui se trame derrière chacune: la mère au foyer qui retrouve un regain de jeunesse avec son amant à peine majeur, serveur au Starbuck, l'ex-petit ami qui a toujours des sentiments profonds pour Linsey, Geo, le jeune voisin vivant dans son monde, pendu à son appareil photo qui recèle peut-être la clé de cette disparition.

Premier roman traduit en français de l'auteure américaine Gwendolen Gross, ce tableau cinglant de l'american way of life vaut le détour. Roman choral permettant de percer au mieux les secrets de chacun, ce fait divers révèle bien plus qu'il ne devrait. Très inspiré dans sa narration des bonnes séries américaines, l'écriture est aussi très poétique. Ce roman à suspense se lit d'une traite comme on se laisse embarquer dans un bon film.





dimanche 6 octobre 2013

Franz Schubert Express, Tecia Werbowski, Notabilia, Noir sur Blanc


« Les trajets en train favorisent les confessions, j’imagine ». 

Elle a raison, Maya Ney ! Lors d’un voyage de Prague à Vienne à bord du Franz Schubert Express, elle recueille , malgré elle, ("Aucune issue possible, sinon me suicider en me jetant par la fenêtre; pendant qu'elle me raconte sa vie, je dois donc l'écouter, l'écouter avec attention.") le témoignage d’une veuve éplorée franchement originale, et se laisse charmer par son récit mystérieux de batailles de veuves, d’amants, de testament, de spoliation… Il y a dans la confession de la veuve excentrique assez d’intrigues pour que Maya se sente l’étoffe d’une héroïne d’Agatha Christie et erre dans les cafés viennois à la recherche d’indices permettant de résoudre l’étrange histoire. 

Un an plus tard, lors d’un voyage en sens inverse à bord du Gustav Mahler Express, notre enquêtrice amateur tombe sur un couple de fous se prenant pour Gustav et Alma Mahler, qui se jette à la figure des accusations d’adultère et autres élucubrations théâtrales. Une nouvelle enquête à résoudre, un nouveau parcours à travers Prague, magnifiée sous la plume de Tecia Werbowski. 

C’est avec plaisir que l’on retrouve cette auteure dans la nouvelle et très belle collection « Notabilia », pour un roman intelligent, plein d'humour, de fantaisie mais non  dénué de profondeur, mettant à l’honneur les trains, Prague et Vienne, villes fantasmées où les écrivains hantent encore les cafés.

"Les trains, ces monstres sacrés... Il y aurait des livres entiers à écrire sur leur importance. Tantôt bienveillants, tantôt terrifiants, ils gémissent et hurlent; ils vous endorment, à la façon d'une berceuse  ils sifflent, respirent et soufflent bruyamment, selon le genre de responsabilités qu'on leur confie. Des monstres comme ceux qui ordonnent qu'on emmène des innocents à Auschwitz ou au goulag, en usent et en abusent. Chers, très chers trains, complices de nos rêves..."

William Turner, Pluie, Vapeur et Vitesse :
la grande voie ferrée de l’Ouest
, 1844